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25ème dimanche ordinaire – année C – 18 septembre 2016
Évangile de Luc 16, 1-13

Les médias ne cessent de nous rapporter des faits-divers, des scandales concernant la finance. Un fonctionnaire d’un service social a réussi, pendant plusieurs années, à détourner des centaines de milliers d’euros à son profit ; des milliers de personnes parviennent à voyager dans les transports publics sans payer ; des acteurs célèbres, écœurés de devoir acquitter des impôts qu’ils jugent trop élevés, s’installent dans un pays limitrophe ; des multinationales qui réalisent des bénéfices énormes placent des fortunes gigantesques dans des paradis fiscaux et ne paient qu’un impôt dérisoire à leur pays. Etc., etc.….

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25ème dimanche ordinaire – année C – 18 septembre 2016
Évangile de Luc 16, 1-13

« L’ARGENT DOIT SERVIR ET NON PAS GOUVERNER »

( Pape François : « La Joie de l’Evangile » § 58)

Les médias ne cessent de nous rapporter des faits-divers, des scandales concernant la finance. Un fonctionnaire d’un service social a réussi, pendant plusieurs années, à détourner des centaines de milliers d’euros à son profit ; des milliers de personnes parviennent à voyager dans les transports publics sans payer ; des acteurs célèbres, écœurés de devoir acquitter des impôts qu’ils jugent trop élevés, s’installent dans un pays limitrophe ; des multinationales qui réalisent des bénéfices énormes placent des fortunes gigantesques dans des paradis fiscaux et ne paient qu’un impôt dérisoire à leur pays. Etc., etc.….

On n’en finirait pas d’énumérer les trucs, les ficelles, les roublardises inventés pour s’enrichir. Et sans doute des personnalités « respectables » ( ?) se racontent en riant leurs procédés de « finauds »tout en dégustant des menus gastronomiques dans des restaurants étoilés. On ne vole pas : on contourne les lois. On n’est pas un gangster mais un malin. On n’est pas un prédateur à enfermer mais une personnalité à admirer pour son luxe, ses voitures, ses yachts.

L’attrait de l’argent est de toujours : Jésus a vu lui aussi des exemples de malversation et très subtil, il en tire une parabole qui ouvre les yeux des disciples.

Jésus disait encore aux disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”

Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte….Ah ! je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.”

Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”

Très malin ce bonhomme : je serai bientôt mis dehors pour incompétence or je ne vais quand même pas accepter de descendre de mon rang pour devenir simple travailleur ou mendiant. Ah j’ai trouvé l’astuce : diminuer les dettes de certains débiteurs envers mon patron : ainsi, quand je serai chassé, ces gens se sentiront tenus de me rendre service et m’aideront à retrouver une bonne position.

Vol flagrant, manœuvre condamnable ! Mais Jésus fait remarquer « l’habileté » du gérant :

Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.

Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ?

Ici bas, nous ne sommes pas des propriétaires pour toujours mais des « gérants » qui, un jour ou l’autre, perdront leur place sur terre et devront laisser là tous leurs biens. Comme disait le pape François avec son humour : « On ne va pas au cimetière suivi d’un camion de déménagement » !

Donc, nous dit Jésus : vous êtes normalement outrés par la corruption de ce gérant et les vols des malfaiteurs mais sachez aussi être aussi habiles qu’eux sur le plan de la lumière et de la vérité. Vous aussi, vous êtes sur des sièges éjectables : à la mort, comment retrouver une place ? En commençant maintenant à faire des dons aux pauvres, en rendant service à des gens dans le besoin. Au dernier moment, le placement le plus juteux aux Bahamas ne vous offrira pas plus de sécurité que le sable de leurs plages tandis que tous vos bénéficiaires seront garants de votre générosité, témoigneront que vous avez utilisé l’argent pour soulager leur souffrance, pour bâtir un monde juste, rendre la vie à vos semblables. Vous irez au ciel non avec votre argent mais avec votre amour.

LA PUISSANCE SEDUCTRICE DE L’ARGENT

Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Jésus conclut la parabole par une sentence tranchée : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon », la divinité de la finance (Ce mot en hébreu évoque la foi, la confiance : « amen »)

En effet la puissance de l’argent est telle que nous sommes portés à « croire » en lui, à lui faire confiance pour assurer notre existence, à en faire une idole, un faux dieu.. Jésus affirme : Vous devez choisir le fondement de votre vie ; si vous dites « amen » à l’argent, si vous vous appuyez sur votre fortune, vous ne pouvez plus, en vérité, dire « amen » à Dieu.

Certes l’argent en soi n’est pas haïssable, il est même très utile, indispensable. En interdisant le vol, le Décalogue acceptait et protégeait déjà la propriété privée. Mais au moment même où Moïse allait descendre du mont Sinaï avec les « Dix Paroles de Dieu » – c.à.d. le programme essentiel pour vivre en paix dans une société de droit et de justice -, son peuple organisait une grande fête orgiaque pour célébrer « le veau d’or »(en fait un jeune taureau). Les pauvres esclaves hébreux que Dieu venait de libérer d’Egypte reprenaient immédiatement les mœurs païennes du pharaon : l’adoration de la puissance, le sexe et l’or.

Comme jamais dans l’histoire, la société capitaliste réussit à nous convaincre – par le martèlement de la publicité – qu’il faut augmenter nos revenus, qu’il est indispensable de remplacer le téléphone portable que nous avons acheté il y a quelques mois par le nouveau modèle qui vient de sortir, qu’il n’est pas grave de gaspiller et même de jeter de la nourriture.

Mais l’argent est dangereux et même « malhonnête » car il réussit très souvent à allumer une cupidité incompressible en faisant miroiter tout ce qu’il permet d’avoir pour le bonheur immédiat. Si souvent il pervertit les âmes ! Servir Dieu et servir l’argent sont deux attitudes incompatibles.

Raphaël Devillers , dominicain – Tél. : 04 / 220 56 93 – Courriel : r.devillers@resurgences.be

PAPE FRANCOIS  ( « La joie de l’Evangile » — § 53-55)

« Nous devons dire NON à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale. Une telle économie tue. Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée, réduite à vivre dans la rue, meure de froid, ne soit pas une « nouvelle » – tandis que la baisse de 2 points en bourse en soit une ! …On ne peut plus tolérer le fait que la nourriture se jette, quand il y a des personnes qui soufrent de la faim…

Aujourd’hui tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible.. .On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu’on peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en route la « culture du déchet »…. qui est même promue !

Pour pouvoir soutenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on a développé une mondialisation de l’indifférence…La culture du bien-être nous anesthésie et nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté, tandis que toutes ces vies brisées nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon ! …

Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain.

Nous avons créé de nouvelles idoles.

L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain.

La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation………… »

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