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24ème dimanche ordinaire – année C – 11 septembre 2016
Évangile de Luc 15, 1-32

Si le pape François nous a demandé de vivre une Année sainte sur le thème de la Miséricorde, laissons-nous émerveiller aujourd’hui par le chapitre 15 de Luc qui nous présente justement « les trois paraboles de la miséricorde ». Archi-connues au risque d’être banalisées, elles nous révèlent le vrai visage de Dieu.

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PARABOLE DU PÈRE PRODIGUE EN MISERICORDE

Si le pape François nous a demandé de vivre une Année sainte sur le thème de la Miséricorde, laissons-nous émerveiller aujourd’hui par le chapitre 15 de Luc qui nous présente justement « les trois paraboles de la miséricorde ». Archi-connues au risque d’être banalisées, elles nous révèlent le vrai visage de Dieu.

D’abord il y a non une mais trois paraboles. Et pour quelle raison Jésus les raconte-t-il ? Pour se défendre des critiques des bons croyants (les pharisiens) scandalisés de le voir discuter et manger avec des pécheurs publics. Si je fais cela, explique-t-il, c’est parce que Dieu aime chaque personne et ne supporte pas qu’une seule se perde. Si le berger laisse là son troupeau pour chercher et ramener une seule brebis perdue, si la femme cherche la pièce manquante de son trésor, ainsi Dieu m’a envoyé pour lui ramener ceux qui sont perdus dans le mal et il est tout heureux lorsqu’un seul pécheur se convertit.

Jésus ne fréquente pas les pécheurs pour les rassurer comme si le péché n’avait pas d’importance. A travers l’histoire du fils cadet, il montre au contraire la tragédie d’une humanité qui veut se construire sans Dieu. Ce jeune homme voyait Dieu comme une puissance écrasante, il ne supportait plus un Dieu tout-puissant qui empêche de grandir, qui exige une obéissance intégrale, qui menace de punir. Il voulait vivre, être un homme adulte, libre, dégagé de l’aliénation religieuse et jouissant du monde sans contraintes. « Je veux mon héritage » : comme si Dieu était mort ! Dieu ne l’a pas retenu de force, il l’a laissé partir car il ne veut pas « des prosternements d’esclaves » (Ch.Péguy) mais l’amour de croyants libres.

Mais l’aventure, si grisante au point de départ, a tourné au drame.

Le jeune se fiait à la puissance de l’argent pour réaliser tous ses désirs : mais il lui a filé entre les doigts.

Il cherchait l’amour et « il a dépensé tout son argent avec les femmes » : il a échoué à bâtir une relation stable et heureuse et la femme est restée un objet que l’on paie pour un plaisir égoïste et puis que l’on rejette comme un objet. Il cherchait une société où la religion n’imposerait plus le carcan de ses dogmes étroits, de ses rites infantiles et de sa morale écrasante. Et le voilà dans un monde où le riche peut jouir de tout et où le pauvre est rejeté, méprisé, traité comme rien.

Amour, liberté, joie, bonheur : Il voulait vivre à fond et le voilà qui glisse dans une vie « asôtos » c.à.d. littéralement « sans salut ». Mais alors naît la tentation la plus grave : le désespoir. A quoi bon continuer à vivre dans ce monde absurde où règne l’injustice et où l’homme glisse dans la mort ?

Mais la grâce surgit dans les cœurs meurtris. Parce qu’il est devenu pauvre, le prodigue se remet à penser à Dieu. Et s’il existait ?… Sans doute me châtiera-t-il durement pour l’avoir trahi mais peut-être m’offrira-t-il un peu de vie ? Et le voilà qui prend le chemin du retour. Non par amour de son père, non par regret de l’avoir offensé mais parce qu’il veut vivre.

Et c’est alors le miracle, la célèbre scène des retrouvailles, la scène qui devrait nous faire pleurer d’émotion car elle révèle enfin le vrai Dieu : non un despote, non une Loi mais un Père qui n’est qu’amour, qui accueille et redresse tous ceux qui sont tombés dans la fange du mal. Un Père bouleversé de voir revenir celui qui n’a jamais cessé d’être son fils, et qu’il aime d’autant plus qu’il le voit défiguré, abîmé, souillé par le mal. Il n’attend pas que le revenant s’effondre à plat-ventre à ses pieds, il n’exige pas qu’il énumère en détail tous les forfaits qu’il a commis, il ne lui demande pas s’il a la contrition, il ne lui impose pas au préalable un temps de pénitence. C’est le père qui court à sa rencontre et le couvre de baisers.

Et c’est ici que nous rencontrons à nouveau ce fameux verbe qui, en hébreu, est bâti sur le mot « matrice » : voilà donc pourquoi le récit ne parlait pas de la mère puisque Dieu qui était vu d’abord comme une puissance autoritaire apparaît alors également comme une mère « bouleversée en son sein » devant le fils qui avait disparu.

Néanmoins le pécheur doit assumer sa responsabilité et parler en « je »: « J’ai péché contre toi ; je ne mérite plus… ». Cela suffit : « Vite…. ». L’amour est pressé et la transfiguration du pécheur s’opère en un instant.

Les cadeaux ne sont pas anodins car ils symbolisent tout ce que Dieu veut nous offrir et que, imbéciles, nous cherchions loin de lui : le plus beau vêtement (la beauté, la gloire), les chaussures (la liberté, la possibilité d’aller et venir, d’inventer son chemin), l’anneau (l’alliance, la dignité de fils aimé, la capacité de posséder et de jouir de la vie).

Et que la fête commence : le veau gras, le vin, les musiciens, la danse, la joie, …..

Etre un homme libre, adulte, responsable, aimé et aimant, comblé, jouir de la vie, chanter : nos désirs ne sont pas mauvais. Le malheur c’est que nous voulons les réaliser par nous-mêmes, sans Dieu.

COLERE DU JUSTE, DU BON PRATIQUANT

Ce pardon n’est-il pas trop facile ? La miséricorde offerte si largement au pécheur scandalise l’autre frère, le fidèle qui sert Dieu par la prière, l’observance des rites, les sacrifices, et qui ne cède pas aux tentations perverses. Il a appris la vie dissolue menée par son frère, la déchéance dans laquelle il était tombé et voilà que maintenant le père l’accueille, ne le châtie pas et même organise la fête en son honneur !??? « Il a dépensé ton bien avec les femmes et tu fais tuer le veau gras pour lui ??? ». N’est-ce pas encourager le vice ?… Moi, je veux une Eglise propre, exigeante, qui récompense les bons et exclut les mauvais. Et il refuse d’entrer !

A nouveau le père sort pour lui comme il était sorti pour le cadet. Mon enfant, j’étais fier de toi, tu étais ma consolation. Pourquoi me considérais-tu comme un patron que l’on sert avec crainte et à qui on n’ose rien demander ? Et puis c’est ton frère, il a osé revenir, il a reconnu sa faute. Il me manquait tellement : il est aussi mon enfant, au même titre que toi. Viens donc, toi aussi, te joindre à nous, viens participer à la fête, viens embrasser ton frère.

Et trois fois hélas l’histoire finit mal : l’aîné s’enferme dans sa colère et refuse l’invitation !

Et Jésus regarde les pharisiens qui écoutent son histoire : il espère tant qu’ils comprennent enfin et se joignent aux pécheurs pour partager ensemble le même repas mais comme l’aîné, ils se braquent dans leur furie contre ce Jésus qui semble saper les bases de la Loi.

Plus tard, prodigues et justes pourront enfin se rejoindre dans la fête du banquet eucharistique en partageant l’Agneau immolé qui a offert sa vie pour que tous les hommes se reconnaissent pécheurs pardonnés par son sang et que tous soient unis dans la miséricorde et la paix.

Raphaël Devillers, dominicain – Tél. : 04 / 220 56 93 – Courriel  : r.devillers@resurgences.be

PAPE FRANCOIS : Proclamation de l’Année sainte de la miséricorde (11 avril 2015)

« …..Dans les paraboles de la miséricorde, Jésus révèle la nature de Dieu comme celle d’un Père qui ne s’avoue jamais vaincu jusqu’à ce qu’il ait absous le péché et vaincu le refus, par la compassion et la miséricorde….Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne. Nous y trouvons le noyau de l’Evangile et de notre foi, car la miséricorde y est présentée comme la force victorieuse de tout, qui remplit le cœur d’amour, et qui console en pardonnant.

Nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde. Le pardon des offenses devient l’expression la plus manifeste de l’amour miséricordieux, et pour nous chrétiens, c’est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. Bien souvent il nous semble difficile de pardonner. Cependant le pardon est le moyen déposé dans nos mains fragiles pour atteindre la paix du cœur. Se défaire de la rancœur, de la colère, de la violence et de la vengeance est la condition nécessaire pour vivre heureux

La miséricorde est, dans l’Ecriture, le mot-clef pour indiquer l’agir de Dieu envers nous….La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c.à.d. qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’ondes. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres.

La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Eglise. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse….La crédibilité de l’Eglise passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion…. »

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