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23ème dimanche ordinaire – année C – 4 septembre 2016
Évangile de Luc 14, 25-33

Lorsque Jésus circulait à travers la Galilée, il proclamait : « Heureux les pauvres ! », il appelait les gens à un changement de vie, mais si les foules accourraient vers lui, c’était surtout pour obtenir des guérisons spectaculaires et guetter l’arrivée du Règne de Dieu qu’il annonçait et qui allait anéantir les ennemis.

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« JESUS EST MA VIE. IL M’EST INDISPENSABLE. IL EST MON TOUT »

(Mère Teresa : proclamée sainte ce jour)

Lorsque Jésus circulait à travers la Galilée, il proclamait : « Heureux les pauvres ! », il appelait les gens à un changement de vie, mais si les foules accourraient vers lui, c’était surtout pour obtenir des guérisons spectaculaires et guetter l’arrivée du Règne de Dieu qu’il annonçait et qui allait anéantir les ennemis.

De même, lorsqu’il annonça qu’il prenait la route de Jérusalem, qu’il y serait condamné et mis à mort et que ses disciples devaient eux aussi prendre leur croix, des foules nombreuses – et même ses apôtres – ne tinrent pas compte de ses avertissements et le suivirent avec enthousiasme: descendant de David, guérisseur extraordinaire, il était sans doute le Messie qui, à la Pâque prochaine, triompherait dans la Ville Sainte pour la plus grande gloire de son peuple.

De même encore aujourd’hui, à tous ceux qui rêvent d’un Dieu Tout-Puissant, d’un Christ Roi du monde, d’une Eglise pure et impeccable, de manifestations triomphales, de « souverains pontifes », de prélats majestueux, de paroisses majoritaires, d’une foi qui résout tous les problèmes, Jésus rappelle à nouveau que la foi est un chemin de croix et surtout il nous révèle que le Royaume de son Père, ce n’est pas un Etat, une guerre, une croyance, une morale mais le don total et libre de la personne à Jésus lui-même.

Jésus en effet n’est pas un sage dont on apprend les leçons, il n’est pas un prophète que l’on admire. L’Evangile n’est pas d’abord un livre ni un programme mais une Personne. La foi chrétienne est rencontre de Quelqu’un qui nous aime à en mourir, que l’on écoute, que l’on suit et que l’on aime à en mourir. Même si on est tout seul.

Un christianisme triomphal est une aberration. Les J.M.J. ont réussi si des jeunes ont compris qu’à leur retour, il leur faudra vivre tout autrement qu’ils ne l’ont fait à Cracovie : dans une Eglise simple et sans guère de moyens, sans drapeaux ni hurlements, dans un quotidien banal.

LA FOI EST UN DON TOTAL A JESUS

De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.

Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

Jésus ne se veut pas une vedette adulée par des « fans » en délire mais prêts ensuite à toutes les compromissions. Il n’exige pas que l’on quitte son entourage mais en cas de désaccord familial à propos de sa personne, il faudra résister à toute pression, refuser tout chantage qui inciterait à le quitter. On n’abandonne pas le Christ Sauveur pour faire plaisir à l’autre puisque son Amour à Lui est la source même des amours et amitiés authentiques.

« C’est moi ou ta foi chrétienne » : le disciple sera déchiré mais saura comment répondre.

L’amour de Jésus est un tel absolu qu’il ose exiger de son disciple qu’il donne sa vie pour lui. Dès qu’ils eurent reçu l’Esprit de Celui qui était vivant parce qu’il avait donné sa vie pour eux, les apôtres bravèrent toute menace, acceptèrent les tortures et les mises à mort. La première Eglise fut tout de suite l’Eglise des martyrs et les païens s’étonnaient que des jeunes adolescents acceptent de subir les pires supplices : ils ne mouraient pas pour un programme ni par stoïcisme mais pour Quelqu’un. En suivant Jésus sur la croix, ils étaient sûrs de le retrouver vivant avec eux pour l’éternité.

Les chrétiens d’aujourd’hui savent-ils que jamais dans son histoire l’Eglise n’a été persécutée comme elle l’est depuis quelques années ? Dans le silence assourdissant des médias – qui préfèrent se jeter sur les scandales de certains clercs – et dans l’ignorance de beaucoup de pratiquants – plus préoccupés par leur style de vie et les divertissements -, chaque jour certains de nos frères et sœurs donnent leur vie pour rester de fidèles disciples de Jésus. (cf. le témoignage ci-dessous)

REFLECHIR AVANT DE S’ENGAGER

« Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : “Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !” – Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix ».

Dans l’Eglise primitive, on n’était pas chrétien par naissance, par tradition. Frappés par l’exemple des chrétiens, des adultes de toutes conditions étaient invités aux réunions, suivaient une formation de plusieurs années. Ils apprenaient à connaître le Christ, on leur expliquait l’Evangile, on les plaçait devant les exigences indiscutables d’une foi qu’il leur faudrait vivre dans un milieu hostile.

Demander le baptême, crier « CREDO » au sein du groupe était un acte très conscient, conclusion d’un long temps de réflexion. Tous n’allaient pas jusqu’au bout de ce temps de probation et abandonnaient après un bout de chemin, portés par la prière de la communauté qui, sans les juger, attendait qu’ils reçoivent la lumière et la force nécessaires.

Réfléchis bien. Sais-tu comment tu dois bâtir ta vie pour qu’elle plaise à Dieu ? Sais-tu quels ennemis tu devras combattre et si tu as le courage d’entamer la lutte ? « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes » (Arthur Rimbaud). Ta faiblesse et ton manque de moyens te feront toujours appeler à la force de l’Esprit de Dieu. Confiance : sa Miséricorde sans limites ne te manquera jamais.

RENONCER A TOUT

Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ».

« Gardez-vous de toute avidité » (12, 15) ; « Vendez et donnez en aumônes ; faites-vous un trésor inaltérable dans les cieux » (12, 33) ; « Quand tu donnes un festin, invite les pauvres » (14, 13) : les mises en garde contre l’idolâtrie de l’argent se succèdent et plusieurs autres viendront encore par la suite. Saint Luc est l’évangéliste qui a le plus insisté sur cet enseignement de Jésus et nous voyons mieux que jamais à quel point l’attachement à l’argent s’oppose à la foi.

N’est-ce pas lui qui vide les églises au fur et à mesure qu’un pays s’enrichit ?

CONCLUSION

La vie de mère Térésa illustre cet évangile. Mais voici, moins connu, le magnifique et émouvant exemple d’un homme politique chrétien qui a refusé de faire carrière et qui a « renoncé à sa propre vie » pour suivre le Christ. Déjà pour son peuple, il est « Saint ».

Raphaël Devillers , dominicain – Tél. : 04 / 220 56 93 – Courriel : r.devillers@resurgences.be

SHABAZ BHATTI : né en 1968, catholique, il était Ministre des Minorités religieuses au Pakistan. Il critiquait fortement les lois réprimant le blasphème et défendait ASIA BIBI, condamnée à mort pour cette raison. Le 2 février 2011, en sortant de la maison de sa maman, il fut assassiné, criblé de balles.

Il pressentait sa mort violente et avait rédigé son testament, qui restera, on s’en doute déjà, un des témoignages les plus sublimes de notre siècle. En voici un extrait :

« ..On m’a demandé d’abandonner ma bataille mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse est toujours la même : « Non, moi, je veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple ». Cette dévotion me rend heureux. Je ne cherche pas la popularité, je ne cherche pas de position de pouvoir : je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerais comme un privilégié si, dans cette bataille pour aider les nécessiteux, les chrétiens persécutés du Pakistan, Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie. Je veux vivre pour le Christ et pour Lui je veux mourir. Je ne ressens aucune peur…A de nombreuses reprises, les extrémistes ont tenté de me tuer…ils ont menacé ma famille…Mais mon père m’a toujours encouragé. Moi, je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres….Plus je lis la Bible et la Parole du Seigneur et plus ma force et ma détermination sont renforcées. Lorsque je réfléchis sur le fait que Jésus a tout sacrifié, je me demande comment je pourrais suivre le chemin du calvaire. Notre Seigneur a dit : «  Prends ta croix et suis-moi »………… »

* En mars 2016, une enquête a été ouverte en vue de sa béatification puis sanctification. (cf. le site à son nom)